Les métiers de la mer, une profession qui se féminise (2/2).

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Sonia de Borodesky de Louteau se lance dans la marine de pêche, avec son propre chalutier.

Introduction :

Dans les années 60, Sonia de Borodesky de Louteau (un article lui sera consacré très prochainement sur notre site) décide de se lancer dans la marine de pêche, avec son propre chalutier, le Voluntas Dei, mais en semi-légalité. En effet, la loi Colbert, qui date du XVIIe siècle, interdit à la gente féminine de monter à bord des navires de pêche, de commerce et de guerre. Toutefois, la première femme marin de France persévère, malgré de nombreux conflits avec les Affaires Maritimes. Elle intègre l’Ecole Nationale de la Marine Marchande, institution qui n’avait jamais eu de femmes sur ses bancs, et en sort diplômée. Sa bataille administrative contre la loi Colbert se solde par une victoire, le 28 janvier 1963. Dès lors, elle devient légalement patron de pêche, entraînant ainsi la fin de ladite loi.

Femme dans le milieu de la mer, un défi, une passion :

Selon le dernier diagnostic publié par le GREF Bretagne, daté de mai 2006, la présence des femmes au sein de ce GFE (Groupe Formation-Emploi) était estimée à moins de 10% des effectifs. Une part faible, certes, mais qui augmente depuis : +3,5 points ces 10 dernières années.

Au niveau des écoles :

À l’École Nationale de la Marine Marchande de Saint-Malo, pour l’année 2007-2008, 3 femmes sur un effectif total de 90 élèves, se préparent aux métiers de Chef de quart machine, Chef 1500 kw, Officier électronicien. De même pour 3 filles sur 111 élèves, au Lycée Professionnel Maritime du Guilvinec, toutes en Bac Pro Conduite et gestion des entreprises maritimes. Le lycée Maritime Aquacole d’Étel remporte, quant à lui,  la palme avec 11 filles. Une seule a choisi le BEP maritime de mécanicien, 2 sont en BEP pêche, les 8 autres se répartissant sur les formations cultures et cultures marines.

Au niveau de la formation :

Constat identique du côté de la formation continue : les formations de l’AFPA d’Auray en Construction et Aménagement Marine de Plaisance, en Maintenance Marine de Plaisance et en Mécanique et Réparation de matériel nautique accueillaient, cette année, quatre femmes sur un potentiel de 64 stagiaires.

Ce qui a changé pour les femmes à partir de 1987 :

Le statut des femmes de pêcheurs a longtemps posé problème. En effet, elles participaient activement à toutes les activités nécessaires à la pêche, toujours dans le cadre des relations conjugales. Par conséquent, elles ne percevaient aucun salaire et ne bénéficiaient d’aucun droit. Ce n’est qu’en 1987, que les femmes de pêcheurs (aidant les entreprises de pêche) obtiennent un véritable statut. On leur accorde désormais le même régime qu’à leur mari.

Chantal Desbordes, première femme contre-amiral de la Marine Française en 2001.

Conclusion :

Pêche, cultures marines, transports maritimes, Défense Nationale, plaisance professionnelle, océanographie, construction navale… la mer offre une très large palette d’emplois. Traditions ancestrales et rudesse du milieu se conjuguent encore aujourd’hui pour l’expliquer : les femmes y sont très minoritaires, quel que soit le secteur. Ces dernières années pourtant, elles ont su s’imposer, défendre leurs droits et se faire une place dans ce milieu ultra-masculin.

Hommage :

Nous rendons particulièrement hommage à ces femmes, qui ont changé ou fait avancer les mentalités, chacune à leurs manières, et qui ont permis ainsi de féminiser les métiers de la mer.

De Hério à Ellen Mac Arthur pour la course au large, d’Odette du Puigaudeau à Anita Conti, premières femmes à embarquer sur thoniers et chalutiers dans les années 1920-1930, et de Sonia de Borodesky de Louteau, devenue la première femme patron de pêche en Europe, et plus récemment, Chantal Desbordes, qui s’était initialement engagée dans l’armée au service des relations publiques, pour y réaliser des documentaires, nommée Contre-Amiral en Conseil des Ministres du 19 décembre 2001, …

Très fière de porter l’uniforme, cette dernière a contribué à faire évoluer la condition et le rôle des femmes dans l’institution. Rappelons que Chantal Desbordes fût également la première femme brevetée de l’Ecole Supérieure de Guerre Navale.

Il est également important de noter que, si les navigatrices sont de plus en plus nombreuses dans l’univers très médiatisé de la course à la voile, la mobilisation dans l’anonymat des femmes de marins-pêcheurs, organisées en associations, a sans doute autant contribué à faire bouger les choses en profondeur.

Vidéo Présentation d’une femme se lançant dans la pêche en Algérie.

A savoir :

Les femmes sont peu nombreuses à choisir la mer, elles y sont très minoritaires, et quel que soit le secteur. Celles qui optent pour l’univers des grands bateaux gris de la Défense Nationale le sont encore moins. Ces dernières années pourtant, elles ont su s’imposer, défendre leurs droits, et se faire une place bien méritée dans ce milieu masculin.

*Sonia de Borodesky de Louteau était un marin, écrivain et résistante française d’origine russe. Elle est née à Saigon en 1926, et épousera après la seconde guerre mondiale, Amédée de Louteau, un marin issu d’une vieille souche béarnaise, établie dans l’île d’Oléron. Elle décédera en 1999, à l’âge de 73 ans…

A lire :

« Femme libre, toujours tu chériras la mer«  de Catherine Chabaud, et de Jean-Luc Garnier.

Très beau livre relié paru en 2007, que All Boats Avenue vous recommande. Prix : environ 37 euros.

Source de l’article : http://www.drtefp-bretagne.travail.gouv.fr

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