
Ce classique décrit les conditions de vie inouïes des travailleurs à bord d'un navire, pêchant le crabe.
Biographie expresse de l’auteur Takiji Kobayashi :
Né le 13 octobre 1903 à Ôdate (préfecture d’Akita au nord de Honshû), Takiji Kobayashi, est «une des figures majeures de la littérature prolétarienne japonaise de l’Entre-deux-guerres». Il a tout d’abord étudié le commerce, a travaillé dans une banque, puis il est devenu écrivain, engagé en politique. Il n’avait pour seul objectif d’informer les paysans et les classes populaires, craignant de n’être lu que par les intellectuels. L’auteur est mort « torturé par la police en 1933, à l’âge de 29 ans ».
Evénement 2008/2009 :
La redécouverte de son roman “Bateau-usine au Japon”, traduit en français, 80 ans après sa parution, est un phénomène qui a commencé au début de l’année 2008. Reflet d’une profonde crise économique, il a été répercuté par une grande variété de médias. Alors que la version cinématographique du Bateau-usine tournée par Yamamura, fait l’objet de rétrospectives partout au Japon, le réalisateur Sabu, parvient, en été 2009, avec sa réadaptation, à dépasser le cadre spatio-temporel restreint de la version originale, et à attirer beaucoup de spectateurs. La situation de crise économique mondiale persistant, les traductions se succèdent, telle la traduction en français. Au regard de tout cela, le regain d’intérêt que connaît ce film est semble-t-il très significatif. (Source de l’article Teru Shimamura (Professeur à l’université Ferris).
Synopsie de l’œuvre de Takiji Kobayashi :
Témoin de l’histoire, symbole d’aujourd’hui, « Le Bateau-usine (Kanikôsen, 1929) » roman de Takiji Kobayashi (1903-1933) raconte l’épopée de trois cents hommes, envoyés en mer d’Okhotsk, pour pêcher le crabe et en faire des conserves. A travers le microcosme de leur bateau-usine, l’auteur dénonce le capitalisme en tant que système. Ce chef-d’œuvre de la littérature prolétarienne, à mi-chemin entre les Révoltés du Bounty et le Cuirassé Potemkine, pour les formidables récits de mer, connaît aujourd’hui un fort regain d’intérêt, contemporain d’une prise de conscience des nouvelles inégalités sociales au Japon.

Les Bateaux de l'Enfer, dirigé par Sô Yamamura, réalsateur né en 1910 à Nara et mort en 2000 à Tôkyô.
Historique du film :
Le Bateau-usine, film de 1953 de Sô Yamamura.
C’est après la guerre, en 1953, que l’oeuvre fut adaptée à l’écran. Sô Yamamura, jeune acteur de l’époque plein d’esprit, écrivit lui-même le scénario et joua dans le film. Le rôle d’Asakawa, un contremaître inhumain, fut attribué à Mikizô Hirata. A ce moment-là, ce dernier n’était pas acteur professionnel, mais patron de pêche à Katsuura, dans le département de Chiba. Hirata répondit aux attentes de Yamamura par une interprétation excellente, qui ne le cédait en rien à celles des autres acteurs.
Problèmes rencontrés lors de la production :
Lorsque Yamamura se vit proposer la réalisation du film cela suscita, dit-on, une certaine appréhension. Yamamura y répondit en disant : « Je suis contre la guerre au sens large, et la paix ne vient pas en se tournant les pouces. Quoi qu’il en soit, passons à l’action ». Puis, déterminé, il se consacra au film. Au moment même du tournage, des négociations eurent lieu avec la Nippon Suisan Kaisha (Société japonaise de produits maritimes), débouchant sur l’accord suivant : « produire un film éducatif qui transmette la réalité d’après-guerre des navires de pêche au crabe, gérés démocratiquement ». C’est en intégrant une partie de ce documentaire dans le film que celui-ci fut achevé.
Vidéo extrait du film « Le Bateau-usine » de 1953.
A savoir :
Le Bateau-usine (1929) est le plus connu des romans issus de la littérature prolétarienne japonaise, un courant littéraire d’inspiration marxiste, particulièrement prolifique, au cours des années 1920. Dans un contexte de répression sévère des mouvements de gauche, ce roman fut censuré dès sa parution, et son auteur, Kobayashi Takiji, mourut en février 1933 sous la torture policière.
A noter :
Le film de 1953, en noir et blanc (titre français : Les bateaux de l’enfer, durée 1 h 52) dirigé par Sô Yamamura (c’était en fait le premier film de ce réalisateur), un manga paru en 2006, et un autre film en couleur sorti en 2009, sous le titre “Kanikosen” (The Crab Cannery Ship), réalisé par Hiroyuki Tanaka (alias Sabu, né en 1964 à Wakayama).
A découvrir :
Le Bateau-usine (Kanikôsen, 1929) de Kobayashi Takiji, traduit du japonais et présenté par Évelyne Lesigne-Audoly, doctorante à l’Inalco, collection « Ciel ouvert », éditions Yago, Paris, octobre 2009 ; 144 pages. prix : environ 18 euros. Pour plus de renseignements : www.editions-yago.com






